Partie 2:
Le soleil achevait sa course, plongeant le tarmac dans une pénombre bleutée qui ne faisait qu’accentuer la tension palpable. Le commandant de bord, autrefois incarnation de l’autorité arrogante, semblait rétrécir sous le regard perçant d’Éléonore, la matriarche. Ses mains tremblaient légèrement le long de ses flancs.
« Madame de Valombray… je… je l’ignorais, » réussit-il à bredouiller, la voix étranglée. « Elle… elle ne figurait pas sur le manifeste sous ce nom et… son apparence… »
Éléonore leva une main, stoppant net les balbutiements pitoyables de l’homme.
« Votre ignorance n’excuse en rien votre brutalité, Commandant Mercier, » trancha-t-elle, chaque mot tombant comme un couperet. « Vous recevrez des nouvelles de nos avocats demain à la première heure. Vous êtes démis de vos fonctions avec effet immédiat. Quittez cette piste. »
L’homme, blême, s’enfuit presque sans un mot, abandonnant son avion comme un navire en perdition.
Éléonore se tourna vers sa fille, le masque de glace cédant la place à une sollicitude inquiète. Elle passa un doigt ganté de cuir fin sur l’éraflure qui commençait à rougir sur la pommette de la jeune femme.
« Chloé, ma chérie… Est-ce que ça va ? Il t’a blessée ? »
Chloé, toujours vêtue de ses vêtements simples, semblait soudain beaucoup plus âgée que la jeune femme vulnérable d’il y a quelques minutes. Son regard, d’un gris d’orage identique à celui de sa mère, durcit.
« Ce n’est qu’une égratignure, Mère. Le plan a failli dérailler à cause de cet idiot, mais le test est concluant. »
Éléonore esquissa un demi-sourire, un sourire de prédateur satisfait.
« En effet. Le personnel de la filiale aéronautique est gangrené par le mépris et l’incompétence. Ce Mercier n’était que la partie émergée de l’iceberg. Ton infiltration incognito aura au moins servi à nettoyer cette écurie. »
Chloé épousseta son gilet en grosse maille, l’air dégoûté.
« Jouer la fille du peuple sans le sou est épuisant. Mais c’était nécessaire. Si mon oncle Arthur se doute que je suis de retour à Paris et que j’ai commencé mon audit interne des sociétés écrans… »
« Il ne se doute de rien, » l’interrompit Éléonore, en la guidant vers le 4×4. « Arthur est trop occupé à manœuvrer pour s’emparer du siège au conseil d’administration. Il te croit toujours dans cet ashram en Inde, en pleine crise existentielle, à chercher un sens à ta vie loin des milliards de la famille. »
Le chauffeur, impassible, ouvrit la portière arrière. Avant de monter, Chloé s’arrêta et regarda le jet privé, dont l’équipage de réserve s’activait déjà discrètement.
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« Tu sais que ça ne s’arrêtera pas là, Mère. Arthur n’est pas le seul. Quand le testament de grand-père sera lu la semaine prochaine… la guerre sera totale. Ils pensent tous que je suis faible. Que je renoncerai. »
Éléonore s’installa sur les luxueux sièges de cuir blanc, ses lourds bijoux tintentant doucement.
« C’est exactement ce que nous voulons qu’ils croient, Chloé. Laisse-les sous-estimer la fille en débardeur. Laisse-les penser que l’empire De Valombray est à prendre. Quand ils réaliseront que le testament contient une clause… particulière… concernant ton frère disparu, il sera trop tard pour eux. »
Chloé se figea, un frisson glacial parcourant son échine, alors qu’elle s’asseyait à côté de sa mère.
« Mon frère ? Mais… tu as dit qu’il était mort il y a quinze ans. »
Éléonore remonta la vitre teintée, isolant l’habitacle du reste du monde. Son regard plongea dans l’obscurité, cachant des décennies de secrets.
« Il y a ce qu’on dit, ma fille. Et il y a ce qui doit être protégé à tout prix. La vérité sur ce qui s’est passé cette nuit-là… est la clé de tout. Attache ta ceinture, Chloé. Nous avons un conseil d’administration à détruire. »
Le 4×4 démarra en trombe dans la nuit parisienne, emportant avec lui les prémices d’une tempête qui allait faire trembler l’empire financier tout entier.
