L’Ombre du Cuir : Une Danse Brisée

Partie 2:

Le gymnase entier semblait retenir son souffle. Le bal de fin d’année, avec ses néons colorés et ses décorations scintillantes, n’était plus qu’une toile de fond absurde pour la scène qui se déroulait au centre.

Le père ne cilla pas. Il ne fit pas un geste brusque, ne haussa pas le ton. Sa seule présence suffisait à faire comprendre au garçon qu’il venait de franchir une ligne dont il ignorait l’existence.

— Les excuses, maintenant, répéta l’homme en cuir, sa voix toujours aussi basse, mais étrangement porteuse dans le silence relatif.

Le garçon déglutit péniblement. Son arrogance s’était évaporée, remplacée par une peur viscérale.

— Je… je suis désolé, Elara, bredouilla-t-il, les yeux fixés sur le sol, incapable de soutenir le regard de la jeune fille ou celui, bien plus menaçant, de son père. Je n’aurais pas dû dire ça.

Elara, toujours drapée dans la veste de cuir qui sentait la fumée et l’essence, sentit une vague de soulagement l’envahir, mais elle fut de courte durée. Quelque chose dans l’attitude de son père avait changé. Ses poings s’étaient légèrement desserrés, mais son regard restait fixé non pas sur le garçon, mais au-delà de lui.

Il regardait vers l’estrade, où se tenaient les chaperons et le directeur du lycée, Monsieur Vancour. Ce dernier, un homme strict au visage souvent impassible, observait la scène avec une expression indéchiffrable.

— On rentre, Elara, murmura soudain son père, la prenant doucement par l’épaule.

— Mais papa… commença-t-elle, confuse par ce revirement soudain.

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— Maintenant, insista-t-il, la guidant déjà vers la sortie.

Ils refirent le chemin en sens inverse, la foule se refermant silencieusement derrière eux. Mais alors qu’ils atteignaient les doubles portes, Elara se retourna une dernière fois.

Elle vit Monsieur Vancour descendre précipitamment de l’estrade, le visage blême. Il ne regardait pas le garçon humilié, ni les autres élèves. Il fixait le dos de son père avec un mélange d’effroi et de quelque chose qui ressemblait presque à du respect.

Une fois dehors, le silence de la nuit contrastait avec la chaleur étouffante du gymnase. Son père enfourcha sa grosse cylindrée, lui tendant un casque.

— Papa, qu’est-ce qui se passe ? demanda Elara, la voix tremblante, non plus de chagrin, mais d’une peur nouvelle, indéfinissable.

Il mit un moment à répondre, le regard perdu dans l’obscurité du parking.

— Il y a des choses que tu ne sais pas sur mon passé, Elara, dit-il finalement, la voix lourde d’un poids invisible. Et je crains que ces choses ne viennent de nous retrouver. Ce garçon… ce qu’il a dit… ce n’était pas un hasard.

Le moteur rugit, couvrant toutes autres questions. Alors qu’ils s’éloignaient dans la nuit, Elara réalisa que le cauchemar ne faisait peut-être que commencer. Et que le blouson de cuir qu’elle portait cachait bien plus que de simples cicatrices de la route.

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