Le Réseau Cerbère : L’Ennemi de l’Intérieur

Partie 2:

Le silence dans le SUV blindé de l’IGPN était lourd, presque suffocant. La Commissaire Divisionnaire Élise Vasseur, le visage toujours aussi impassible, observait l’officier menotté assis face à elle. L’arrogance qui déformait les traits de l’agent Laurent Duval quelques minutes plus tôt avait complètement fondu, remplacée par une sueur froide qui perlait sur son front. Il gardait la tête baissée, fixant le plancher métallique du véhicule, les mains tremblantes malgré les entraves.

« Vous pensiez vraiment que vos petits rackets sur les boulevards passeraient inaperçus indéfiniment, Duval ? » brisa Élise d’une voix calme mais tranchante comme une lame.

Duval releva lentement les yeux. Étrangement, ce n’était plus la peur d’une sanction disciplinaire ou de la prison qui habitait son regard. C’était une terreur viscérale, animale.

« Vous ne comprenez pas, Commissaire, » murmura-t-il, la voix brisée. « Vous croyez avoir attrapé le grand méchant loup. Mais je ne suis rien. Je suis moins que rien. »

Élise échangea un regard avec le Commandant Renard, son bras droit de toujours, assis à l’avant. Les délinquants en uniforme utilisaient souvent ce genre de rhétorique pour minimiser leurs actes, mais l’instinct d’Élise, affûté par quinze ans de traque des “ripoux”, lui soufflait que Duval ne bluffait pas.

Arrivés au quartier général de l’IGPN, un bâtiment discret et hautement sécurisé du 12ème arrondissement, Duval fut immédiatement conduit en salle d’interrogatoire. Une pièce aveugle, éclairée par un néon blafard, où régnait une odeur persistante de café froid et d’angoisse.

Élise jeta un épais dossier sur la table en fer. Le bruit fit sursauter Duval.

« J’ai ici les relevés de vos comptes offshore, vos communications cryptées des trois derniers mois, et les témoignages de six commerçants que vous avez extorqués, » commença-t-elle en s’appuyant sur la table. « Vous risquez dix ans de réclusion criminelle. Mais si vous me donnez les noms de vos supérieurs corrompus, je peux parler au procureur. »

See also  L'Écho d'un Secret : Ce que l'enregistrement a vraiment révélé

Un rire sec, dénué de toute joie, s’échappa de la gorge de Duval.

« Mes supérieurs ? » Il secoua la tête frénétiquement. « Ce ne sont pas juste quelques flics qui arrondissent leurs fins de mois, Vasseur. C’est une pieuvre. Et ses tentacules sont partout. À la préfecture, au palais de justice… et peut-être même de l’autre côté de cette vitre sans tain. »

Il jeta un regard paranoïaque vers le miroir de la salle.

« Donnez-moi un nom, » insista Élise, frappant la table du plat de la main.

Duval déglutit péniblement. « Le Cerbère. C’est comme ça qu’ils s’appellent. Ils m’utilisaient pour les basses besognes, la logistique de rue. Je devais récupérer des clés USB, intimider des témoins gênants. Ce soir, j’étais censé vous arrêter, vous glisser de la cocaïne dans la boîte à gants et ruiner votre couverture. Ils savaient qui vous étiez, Commissaire. Ils le savaient depuis le début. »

Le sang d’Élise se glaça. Si ce qu’il disait était vrai, son opération ultra-secrète, dont seuls le Ministre de l’Intérieur et le Directeur Général de la Police Nationale étaient informés, avait été compromise de l’intérieur.

Avant qu’elle ne puisse répliquer, la porte de la salle d’interrogatoire s’ouvrit à la volée. C’était le Commandant Renard, le visage d’une pâleur mortelle, tenant un téléphone portable carbonisé dans un sac à preuves.

« Élise, il faut que tu voies ça, » dit-il d’une voix altérée. « L’équipe de fouille a trouvé un compartiment secret dans le véhicule de patrouille de Duval. Ce téléphone s’y trouvait. Il a été formaté à distance au moment de l’arrestation, mais nos techniciens ont pu récupérer un fragment de message vocal supprimé. »

See also  Der goldene Käfig bekommt Risse: Eine Wahrheit, die alles zerstört

Élise laissa Duval sous la garde d’un planton et rejoignit Renard dans la salle de contrôle adjacente. Le technicien en informatique lança la piste audio. À travers les grésillements, une voix métallique, manifestement modifiée par un logiciel, résonna dans la petite pièce :

« Protocole Icare activé. La cible Vasseur est sur le point d’être neutralisée. Assurez-vous que le dossier ‘Opération Delorme’ soit définitivement incinéré d’ici minuit. Le Préfet a donné son feu vert. »

Élise dut s’agripper au bord de la console pour ne pas vaciller. L’Opération Delorme.

Le Commissaire Divisionnaire Antoine Delorme était son mentor. L’homme qui lui avait tout appris. Il s’était prétendument suicidé dans son bureau trois ans plus tôt, une balle dans la tête, alors qu’il enquêtait sur des attributions frauduleuses de marchés publics. Élise n’avait jamais cru à la thèse du suicide, mais le dossier avait été classé avec une rapidité suspecte.

« Le Préfet… » murmura Renard, choqué. « Élise, si le Préfet est impliqué, nous n’avons plus aucune autorité. Nous sommes complètement isolés. »

« Ce n’est pas un suicide, » souffla Élise, les larmes de rage montant à ses yeux. « Ils ont assassiné Antoine. Et maintenant, ils nettoient les preuves. »

Soudain, une alarme stridente déchira l’atmosphère feutrée du quartier général. Le gyrophare rouge de sécurité se mit à tourner dans le couloir.

« Code rouge en salle d’interrogatoire 3 ! » hurla une voix dans les haut-parleurs.

Élise et Renard se précipitèrent hors de la salle de contrôle. Lorsqu’ils ouvrirent la porte de la salle 3, le spectacle qui s’offrit à eux les pétrifia.

Le planton qui gardait Duval était allongé sur le sol, inconscient, un filet de sang s’écoulant de son front. Quant à Laurent Duval, il était affalé sur la table en métal, convulsant violemment. De l’écume blanche s’échappait de ses lèvres, et ses yeux étaient révulsés.

See also  El Veredicto de la Esposa y la Sombra de un Secreto

« Un médecin ! Appelez les urgences ! » hurla Élise en se précipitant vers l’agent corrompu.

Elle le saisit par les épaules, essayant de le maintenir. Duval tourna ses yeux injectés de sang vers elle. Sa main menottée se leva avec l’énergie du désespoir et s’agrippa au col du chemisier d’Élise, la tirant vers lui.

« Dans… dans le coffre… » balbutia-t-il, l’air refusant de pénétrer dans ses poumons. « Le coffre 404… Gare du Nord… Il y a… la liste… »

« Quelle liste, Duval ? La liste de qui ?! » cria Élise.

« Janus… » expira-t-il dans un dernier râle déchirant. « Ne faites confiance… à per… »

Le corps de Duval s’affaissa brusquement, sans vie. Le silence retomba, plus pesant que jamais, seulement troublé par les pas lourds des équipes de secours qui arrivaient trop tard.

Élise se redressa lentement, regardant ses mains tremblantes. Duval n’était pas mort d’une crise cardiaque. Il venait d’être empoisonné, ici même, au cœur du bâtiment censé être le plus sûr de la police française. L’assassin venait de frapper sous leur nez, s’évaporant comme un fantôme.

L’étau se resserrait. “Le Cerbère”, “Le Préfet”, l’assassinat maquillé de son mentor, et maintenant cette mystérieuse consigne : le coffre 404.

Elle jeta un regard circulaire autour d’elle. Des policiers couraient dans tous les sens, des visages familiers, des collègues avec qui elle travaillait depuis des années. Mais les mots de Duval résonnaient dans son esprit comme une alarme funeste. Ne faites confiance à personne.

L’ennemi n’était pas dans la rue. Il était là, parmi eux, portant le même uniforme. Et Élise venait seulement de comprendre que la véritable traque ne faisait que commencer. Une traque où elle serait tout autant la chasseresse que la proie.

Related Posts

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

© 2026 cuanhua-loithep | All rights reserved