Partie 2:
Le hurlement de l’infirmière, aigu et terrifié, rebondit sur les murs carrelés de la morgue comme un oiseau pris au piège. Elle recula précipitamment, trébuchant contre une armoire à instruments chirurgicaux qui vacilla dans un fracas métallique assourdissant. Sur l’écran de surveillance, elle voyait l’indicible se dérouler : la mariée, la défunte, se redressait.
Le linceul blanc glissa de ses épaules, révélant la robe immaculée, désormais tachée d’ombres étranges sous la lumière verdâtre de la caméra. La femme tourna lentement la tête, ses cheveux foncés retombant en désordre sur son visage d’une pâleur cadavérique. Ses yeux s’ouvrirent. Ils n’étaient pas vides et vitreux comme ceux des morts. Ils brûlaient d’une intensité folle, injectés de sang.
La porte de la morgue s’ouvrit à la volée. Le Docteur Jock fit irruption, le visage rouge de colère.
« Que signifie ce vacarme, mademoiselle ? Avez-vous perdu la rai… »
Ses mots moururent dans sa gorge. Il se figea, les yeux écarquillés, fixant la table d’autopsie. La mariée était assise, les jambes pendantes, ses mains crispées sur le rebord d’acier. Sa respiration était rocailleuse, humide, comme si ses poumons luttaient pour se débarrasser d’un liquide invisible.
« Dieu du ciel, » murmura Jock, sa condescendance balayée par une terreur primale.
Il fit un pas en arrière, instinctif, mais la femme tourna soudainement son regard vers lui. Et elle parla. Sa voix n’était qu’un croassement guttural, un son arraché d’une gorge qui n’avait pas servi depuis trop longtemps.
« …pas… morte… »
Jock secoua la tête, refusant l’évidence. « C’est médicalement impossible. Le certificat de décès… le rapport de l’accident… »
L’infirmière, toujours plaquée contre l’armoire, trouva le courage de murmurer : « L’accident de voiture, Docteur. Le mari est mort sur le coup. Elle… elle a été déclarée morte à son arrivée. »
La mariée se laissa glisser de la table. Ses jambes tremblèrent sous son poids, mais elle ne tomba pas. Elle s’avança vers eux, un pas après l’autre, sa robe traînant sur le sol humide. L’odeur n’était pas celle de la mort, pas encore. C’était une odeur de terre humide, d’ozone, et quelque chose de métallique, âcre.
« Où… est… Arthur ? » demanda-t-elle, sa voix gagnant en force, teintée d’une urgence désespérée. « Où est mon mari ? »
Jock balbutia, incapable de formuler une réponse cohérente. « Il… il est… »
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Il n’eut pas le temps de finir. La porte de la morgue s’ouvrit de nouveau, mais cette fois lentement, sans bruit. Un homme se tenait dans l’encadrement. Il portait un costume sombre, impeccable, mais son visage était caché par l’ombre du couloir.
« Il est là où il doit être, Victoria, » dit l’inconnu d’une voix calme, presque glaciale.
La mariée, Victoria, se figea. Une expression de pure panique déforma ses traits. Elle recula, trébuchant sur l’ourlet de sa robe.
L’homme s’avança dans la lumière. Il tenait une petite seringue à la main, le liquide transparent brillant sous les néons.
« L’expérience n’est pas encore terminée, » ajouta-t-il, un sourire inquiétant se dessinant sur ses lèvres. « Et le Docteur Jock a fait une erreur regrettable en signant ce certificat de décès prématurément. N’est-ce pas, Docteur ? »
Jock déglutit difficilement, son visage devenu plus pâle que celui de Victoria. Il recula vers le mur, piégé.
L’infirmière comprit alors, avec une clarté terrifiante, que la mort de Victoria n’était ni un accident, ni une erreur médicale. C’était le début d’un cauchemar bien pire.
(À suivre…)
