Partie 2 :
« Ne… »
Le mot sortit de ses lèvres gercées comme un souffle coupé. L’homme, recroquevillé dans l’espace exigu du coffre, cligna des yeux, aveuglé par la lumière crue de la fin d’après-midi. Ses vêtements, qui avaient dû être élégants, étaient maintenant couverts de poussière et de taches sombres.
Élodie, dix ans, resta figée, le pied-de-biche toujours serré dans ses petites mains tremblantes. Son cœur battait à tout rompre dans ses tympans. Elle venait de sauver cet homme, mais la terreur dans ses yeux n’avait pas disparu. Pire, elle semblait maintenant dirigée vers l’extérieur de la voiture, vers les allées labyrinthiques de la casse.
« Ne… leur dis rien, » parvint-il enfin à murmurer, sa voix n’étant qu’un râle rauque. Ses poignets, liés par de gros serflex en plastique, étaient à vif.
« À qui ? » demanda Élodie, la voix à peine plus forte qu’un murmure.
L’homme secoua la tête, un mouvement saccadé et douloureux. « Les hommes en gris. Ils vont revenir. Il faut que tu partes. Tout de suite. »
Mais Élodie, bien que terrifiée, ne pouvait se résoudre à l’abandonner. Son père lui avait toujours dit que la casse était leur royaume, un endroit où l’on trouvait ce qui était perdu. Cet homme était perdu, et elle venait de le trouver.
« Je vais chercher mon père, » dit-elle en faisant un pas en arrière. « Il sait quoi faire. »
L’homme tenta de se redresser, mais retomba lourdement, le visage tordu de douleur. « Surtout pas ton père ! » s’écria-t-il, l’urgence donnant une force soudaine à sa voix. « Surtout pas lui, petite. Il… il travaille pour eux. »
Le sang d’Élodie se glaça. Son père ? Son père, qui l’emmenait pêcher le dimanche, qui lui apprenait à différencier un carburateur d’un alternateur, impliqué avec des hommes qui enfermaient des gens dans des coffres ? C’était impossible.
Et pourtant… Elle repensa soudain aux nuits où elle l’entendait discuter à voix basse dans la caravane, aux billets froissés qu’il cachait dans une vieille boîte à outils, aux camions non immatriculés qui venaient décharger de la ferraille au milieu de la nuit. Des détails qui, jusqu’à présent, ne l’avaient jamais alertée, mais qui prenaient tout à coup une signification sinistre.
« Qu’est-ce que… qu’est-ce que vous voulez dire ? » balbutia-t-elle, les larmes aux yeux.
Avant que l’homme ne puisse répondre, un bruit de moteur lourd brisa le silence de la casse. Un bruit guttural, familier. Le vieux pick-up de son père venait de passer le portail principal, soulevant un nuage de poussière rousse.
L’homme dans le coffre ferma les yeux, résigné. « Trop tard, » murmura-t-il. « Écoute-moi bien. Dans ma poche gauche… Il y a une clé USB. Prends-la. Et quoi qu’il arrive, ne la donne à personne. C’est la seule preuve de ce qu’ils ont fait à ta mère. »
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Élodie resta pétrifiée, le monde s’écroulant autour d’elle. Sa mère, morte dans un prétendu accident de voiture il y a cinq ans, sur cette même route de campagne qui longeait la casse.
Le crissement des pneus du pick-up s’arrêta à quelques mètres de là. Des portières claquèrent. Des voix d’hommes résonnèrent, lourdes et menaçantes.
« Cache-toi, » ordonna l’homme, d’un ton qui n’admettait aucune réplique. « Et souviens-toi : ne fais confiance à personne. »
Élodie glissa sa petite main dans la poche de l’homme, ses doigts se refermant sur le métal froid de la clé USB. Puis, mue par l’instinct de survie, elle se glissa sous la carcasse rouillée d’une vieille berline voisine, juste au moment où l’ombre de son père et de deux autres hommes apparaissait au bout de l’allée.
Ce n’était plus seulement un homme dans un coffre. C’était le début d’un cauchemar qui allait la forcer à remettre en question tout ce qu’elle croyait savoir sur sa famille, sur la mort de sa mère, et sur les véritables monstres qui se cachaient parmi les épaves.
La suite de cette terrible découverte, l’identité des “hommes en gris”, et le contenu choquant de la clé USB seront révélés dans la Partie 3…
